Pauline Drand, Portraits

Musique
Les Trois Baudets (Paris)
21 avril 2015

Double EP "Pauline Drand", Disponible en édition limitée le 21 Avril 2015

Double EP, un format singulier pour la première publication en édition limitée de Pauline Drand. Pas banal, comme cette jeune chanteuse guitariste entre indépendance folk et électricité urbaine. Elle présente ici une collection de chansons au regard bleu-nuit qui ont traversé les brumes de Nick Drake, pris la lumière chez Laura Marling, et appris l'élégance hardie des sentiments chez Bashung. Attention, il faudra saisir vite cette édition limitée, car disponible en précommande depuis le 15 février elle est déjà presque épuisée.

Une voix entre le jour et la nuit, l'assurance et l'enfance, posée sur une guitare tantôt sous-bois, tantôt clairière. Pauline Drand croise dans ses chansons des chevaux et des faons, des amies et des amours égarées.

Ce sont d'abord les chanteuses Folk indie qui lui servent de répères (Laura Marling, Cat Power). Des scènes mi-2012 d'abord à Paris, en solo, où on commence à remarquer son timbre grave et son jeu de guitare, un passage en Oliver Peel session, puis elle fait un séjour à Beyrouth en 2013, où elle tourne un premier clip "A place to Stay ", qui prend une résonance particulière au Liban. Suivent des séjours et des concerts à Istanbul, puis à Lisbonne. De retour à Paris, elle publie un recueil de textes, puis commence des enregistrements avec les musiciens de De La Jolie Musique, réalisés par Brifo.

En février 2015, Microcultures lui permet de financer la promotion de son projet (sortie digitale le 21 avril d'un double EP, mini-tour en solo qui débute le 21 avril aux Trois Baudets) avant la sortie physique de son premier album à l'automne 2015.

La production des morceaux de ce double EP est dense et diverse, alternant foisonnement luxuriant des parties orchestrales avec le dépouillement des arpèges de guitares. « J’ai voulu présenter les principaux morceaux que je joue sur scène depuis deux ans, comme une photo d’un moment donné. Nous avons souhaité pousser chaque morceau dans sa logique, son expression la plus naturelle, sans chercher à faire rentrer tous les morceaux dans une case, un format, un genre. »

Une écriture fluide, une guitare maîtrisée, un flot d’idées et de chansons, Pauline Drand cache sous une timidité apparente, une recherche inquiète du mot et du son justes. Et si avec Pauline Drand, la pop en français avait trouvé une nouvelle forme de mélancolie solaire ? « Tout le monde ne recherche pas la beauté, tous les courants et les arts ne recherchent pas la beauté, et ce qui me touche c’est la beauté mélancolique, le soleil noir. »

Émilie Sait, déjà remarqué par les Inrocks Lab, est un premier titre court et percutant sur des entrelacs de guitares. « C’est une chanson sur l’enfance, la vie qui passe déjà trop vite. Il y a cette forme d’urgence inquiète qui nous pousse, cet appel du mystère et des sensations » L’enfance est un des thèmes du disque comme sur Marie, impertinent et psyché, porté par une basse venue directement des 60’s. On pense à Cate Le Bon, et c’est bien. « Il y a quelque chose de suranné dans Pont Neuf », avoue-t-elle dans un sourire « peut-être un attachement à la poésie de Paris, l’aspiration à la beauté, un idéal de grands sentiments, les recueils de Baudelaire et Rimbaud qui me touchaient, ado dans ma banlieue parisienne. »

Les arrangements de cuivres et de cordes inscrivent ici le morceau dans une grande tradition pop anglaise. A place to Stay, est aussi revisité par un interlude orchestral et épique.

Tout en contrastes, à la fois brut et délicat, Des Faons et du Vent introduit un autre thème majeur, la nature « J’aurais voulu vivre parmi les chevaux, mais la vie m’a amené ailleurs. C’est une chanson comme un aveu de sa propre faiblesse et sensibilité, une tendresse enfantine et mélancolique, qui ne peut pas s’exprimer. »

Le brûlant Horses ( avec les chœurs de Sofia Bolt ) flirte avec le rock des origines, celui des cryptes et des square dances une énergie brute portée par des guitares entêtantes et rageuses.

Animal est un duo avec Tiago Saga de Time for T, rencontré à Lisbonne. Pauline accompagne d’une Telecaster solitaire cette chanson sur le désir alors que des longues plaintes électriques soufflent le chaud et le froid. La fin en chœur semble réconcilier le duo dans un happy end épique. « J’aime le 3 temps , ce tempo des amoureux et je voulais aussi un grincement dans le ton. Au départ, je pensais au Dylan rock, avec ses références bibliques et ses détours allusifs. »

L’élégance de Aux Jours De Juillet, balade lumineuse accompagnée par un quatuor majestueux, souligne la douceur des moments passés « C’est une chanson sur les souvenirs, le jardin d’une grand-mère, un cerisier, des gens heureux, un semblant de bonheur avant le basculement, les séparations. On connaît tous cette sensation, mais on avance quand même jusqu’aux prochains beaux jours. C’est l’univers de mes grands-parents ouvriers et paysans lorrains, dont je me sens proche, et aussi éloignée car ce n’est pas le monde dans lequel je vis. »

Entre ombre et lumière, Pauline Drand retrouve les secrets atemporels d’un folk urbain sensuel et sensible.

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