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Cathy Blue

16/3/2023

Un parcours atypique pour un espace d’exposition atypique

Il n’y a pas de hasard si le lieu qui accueille la première exposition de cette artiste atypique est un écrin lui-même atypique. Il a été l’atelier d’un peintre et, désormais, il abrite un garage d’exception. Il est surprenant d’entrevoir comment se répondent les toiles de Cathy Blue et la passion automobile : là les courbes des Morgan, ici les lignes d’autres voitures iconiques. Un air de liberté encore. Un rapport sensible, direct et sans concessions à la conduite comme à l’art.

Libre comme l’air. Quand on rencontre Cathy Blue, c’est l’enthousiasme d’une femme éprise de liberté qui vous cueille. Dans une société atone, cela devient rare, et donc précieux, de s’arrêter une minute sur le parcours d’une autodidacte qui n’a abandonné ni ses rêves ni ses convictions. Une artiste aussi passionnée que volubile, aussi instinctive qu’incisive. Il suffit juste d’un équilibre – de ce juste équilibre – pour aller droit au cœur. C’est ce que réussit Cathy Blue avec un univers plein de personnalité et d’énergie.

D’abord, il y a l’envie de se libérer. Avec un père dans les arts appliqués et une mère dans le soin, le terreau est fertile pour cultiver ses émotions et aller vers l’autre. Enfant, elle accompagne souvent son père sur son lieu de travail. Elle se faufile entre les tables à dessin, découvre l’atmosphère singulière d’un espace de création et se familiarise avec les couleurs, les formes, les odeurs. Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous… Une première vie conduit Cathy Blue dans le monde de la culture via la muséographie au sein de la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris, puis dans l’univers de l’édition via l’iconographie et l’illustration chez Hatier. En paral- lèle à ce parcours professionnel mâtiné d’images, son goût pour les arts s’affirme à mesure que son élan pour la peinture est mis en sommeil. À la faveur d’une épreuve, le paradoxe se résout. Le besoin d’écouter sa voix et de trouver sa voie se fait plus impérieux. Ce retour à l’essentiel passera par la peinture.

Vient alors l’expérience de la liberté. Le choix de la peinture abstraite. Une toile blanche et la découverte du plaisir pur. L’absence de peur, le non-conformisme. Dans son souvenir, Cathy Blue a pensé aux Amérindiens pour son premier tableau. Pas si étrange pour celle qui a toujours été fascinée par les peuples premiers. La ma- gie des grands espaces, la puissance des éléments et la communion avec la nature déjà. Elle aime les couleurs libres de Gauguin, le noir libertaire de Soulages, les torsions libératrices de Van Gogh. Dans ses tableaux, les jeux d’ombres et de lumières, la superposition de couleurs, le contraste des matières (acrylique, fusain, pastel, encre, brou de noix…) évoquent des vallées arides et des carnets de route, des regards intenses et des êtres qui se métamorphosent.

Les toiles de Cathy Blue naissent d’une fulgurance. Parfois d’une faille ou d’une aspérité. Toujours l’instant et l’instinct présents. C’est la traversée qui intéresse Cathy. Celle qui fait qu’un tableau, préexistant au plus pro- fond de soi, s’apprête à jaillir. Le temps qui n’a plus d’emprise au moment de la création. L’urgence de composer avant le séchage. La joie qui la traverse au moment où l’émotion affleure. Le duel de la matière et de la manière.

Et enfin la libération qui remplit, qui emporte, qui transperce. Une révélation qui se double d’un doux abandon : accepter de laisser sa toile vivre sa propre vie, se vêtir de nouveaux sens, vivre du regard qu’on lui porte et non plus du regard qui l’a fait naître. Aujourd’hui, c’est cette aventure, ce saut dans le vide, que Cathy Blue s’apprête à faire en présentant une sélection de son travail pour la première fois. Libre comme l’art.

Pierre-Alexandre Bescos