Des territoires (Nous sifflerons la Marseillaise...)

Théâtre
Théâtre Ouvert (Paris)
28 janvier 2016

Au Théâtre Ouvert (Paris) du 29 janvier 2016 au 19 février 2016

Quatre frères et sœurs se réunissent, à la mort de leurs parents, dans le pavillon témoin d’une résidence HLM au sein duquel ils ont passé toute leur enfance. Entre les préparations de l’enterrement et l’organisation de la revente de la maison, les souvenirs rejaillissent. Aucun d’entre eux n’a jusqu’ici vécu en dehors de ce quartier. Et pourtant, le fait de devoir se séparer de la maison de leur enfance leur renvoie au visage les multiples mutations de cet environnement dont ils n’ont jamais su s’extirper, et qui imprimèrent sur eux d’oppressantes contraintes.
L’équilibre précaire dans lequel ils se trouvent est bouleversé lorsqu’une entreprise d’ameublement de terrain découvre dans leur jardin les ossements d’un corps humain. Il s’agit en réalité du corps de Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, dont la dépouille n’avait encore jamais été retrouvée. L’héritage n’est plus le même.

J’ai écrit ce texte il y a trois ans, en réaction à la grogne réactionnaire que je sentais monter dans le pays. Les atteintes répétées aux valeurs humanistes de la République, la résurgence de groupuscules fascistes qu’on croyait définitivement vaincus, la radicalisation de certains jeunes partis mener le Djihad en Syrie, la montée de Front National, m’avaient contraint à repenser ma vision romantique de l’idée de « révolution ».
Des territoires (Nous sifflerons la Marseillaise…) devenait le premier volet d’un projet de trilogie dont l’axe principal se baserait sur cette inquiétude personnelle : quel type de révolution appellera le 21ème siècle ?
Après les événements que nous avons connu durant l’année 2015, la nécessité pour moi de réaliser ce projet s’est faite encore plus forte. Les thèmes abordés par la pièce sont effectivement ceux qui travaillent notre société. On y parle, toutes échelles confondues, de la difficulté de vivre ensemble, dans un même pays, dans une même ville, dans un même quartier, au sein d’une même famille. On se débat. On s’oppose. On spécule. On juge, on condamne, on accuse. On s’inquiète de la montée du salafisme dans les quartiers. On manipule des concepts plus grands que soi comme la démocratie, l’héritage, la liberté, la révolution, l’identité.
La résonnance avec l’actualité n’est pas le fruit d’une intuition visionnaire. Elle témoigne surtout du fait que notre génération (dans l’équipe nous avons tous autour de trente ans) s’est construite au contact de ces problématiques. Comme toutes celles qui l’ont précédée, au moment où elle s’apprête à devenir à son tour la référence pour ceux qui « hériteront », elle a l’impression d’être la plus à même de parler du monde. Un mirage, pour sûr. Mais, assumons !

J’espère trouver les moyens de faire rentrer ces questions d’actualité au cœur du théâtre, représenter des populations que je trouve sous-représentées, rehausser la valeur de ces « petites vies » en dehors du folklore de la démarche sociale, ou de l’ambition paternaliste d’un savoir-faire culturel. Parler de la banlieue. Parce que j’y ai grandi et que là bas, l’«état d’urgence » est décrété depuis plus de 20 ans. Écrire des dialogues aussi. Ça n’a l’air de rien. Et pourtant.
Ce qui est délicat avec le terme « banlieue », c’est qu’il fonctionne comme un label. Il produit tout un tas de fantasmes, il stigmatise, il fascine, il attise les peurs, lance des modes, catalyse un grand nombre de « phénomènes de société ». Je ne veux pas traiter de cela. La banlieue est ici un contexte, une toile de fond. Ce qui m’intéresse c’est de parler, à travers le ressouvenir de ma propre expérience, de l’impact qu’ont les territoires sur nos personnalités et nos rapports au monde.
Des territoires (Nous sifflerons la Marseillaise…) n’est pas un traité sociologique ou un manifeste politique pour autant. C’est une pièce de théâtre. Aucun point de vue ne l’emporte sur l’autre. Rien ne décide pour le spectateur de ce qu’il doit en penser. Il n’est pas question non plus de verser dans l’état des lieux glauque ou la flagellation austère. Au contraire, la place de l’humour y est essentielle. Elle seule a cette capacité bienfaitrice de valoriser notre ridicule, notre lâcheté, nos faiblesses communes, pour en faire les expressions les plus honnêtes, et les plus promptes à nous faire rire de notre humanité.
Baptiste Amann (Novembre 2015)

Infos pratiques

Des territoires (Nous sifflerons la Marseillaise...)

Théâtre Ouvert (Paris), Du 29 janvier 2016 au 19 février 2016, Les mardis et mercredis à 19h, Les jeudis et vendredis à 20h, Samedi 30 janvier à 16h, Samedis 6 et 13 février 2016 à 16h et 20h, Représentation exceptionnelle le lundi 1er février 2016 à 20h, Durée : 1h45.

Mise en scène Baptiste Amann, Avec : Lyn Thibault (Lyn), Samuel Réhault (Samuel), Olivier Veillon (Benjamin), Solal Bouloudnine (Hafiz), Assistant à la mise en scène Yohann Pisiou, Lumières Sylvain Violet, Scénographie Philippe Casaban - Eric Charbeau, Son Léon Blomme, Costumes Wilfrid Belloc, Construction décor Nicolas Brun, Maxime Vaslin, Production Compagnie du Soleil Bleu (dans le cadre de la Pépinière du Soleil Bleu & Glob Théâtre), Coproduction la Comédie de Reims - Centre Dramatique national - l’ADAMI - l’OARA / Office Artistique de la Région Aquitaine - l’IDDAC / Institut Départemental de Développement Artistique et Culturel - Agence Culturelle de la Gironde, le Glob Théâtre - Bordeaux - Théâtre Ouvert - Centre National des Dramaturgies Contemporaines, Avec le soutien financier du Ministère de la Culture / DRAC Aquitaine et la Ville de Bordeaux, de l’ONDA, Avec le soutien de Montévidéo - Centre de créations contemporaines (Marseille), de l’OUTIL, La Compagnie du Soleil Bleu est conventionnée par le Ministère de la Culture/DRAC Aquitaine, subventionnée par le Conseil régional d'Aquitaine, la Ville de Bordeaux et le Conseil général de la Gironde.

Site du théâtre